Entre une présence croissante et les défis liés à la capacité d’influence
La question de la femme arabe dans la presse littéraire et culturelle n’est plus simplement une question liée au taux de présence ou au nombre de noms féminins présents dans la scène médiatique et culturelle. Cette question est devenue beaucoup plus profonde car elle est liée à la place de la femme dans la production des connaissances, la formation de l’opinion publique, la construction de la conscience culturelle et la formulation du discours qui exprime la société et ses transformations.
Dans ce contexte, le Forum international du journalisme et des médias GFJM a organisé, en collaboration avec le Syndicat des journalistes du Koweït et l’Union arabe des journalistes, des professionnels des médias et des intellectuels arabes, un séminaire international intitulé « La place de la femme arabe dans la presse littéraire et culturelle arabe », présenté par la docteure Raqia Ibrahim Al-Sheikh, écrivaine, entrepreneure et consultante en gestion.
Le séminaire s’est inscrit dans le cadre de l’intérêt croissant porté au rôle de la femme arabe dans le journalisme, la littérature et la culture ainsi que dans le contexte des transformations rapides que connaît la scène médiatique arabe et internationale. Le séminaire a abordé plusieurs questions liées à la présence de la femme, à ses espaces d’influence, aux défis auxquels elle a été confrontée ainsi qu’aux nouvelles opportunités offertes par les médias numériques et les technologies modernes.
Au cours du séminaire, la docteure Raqia Ibrahim Al-Sheikh a présenté le modèle de la femme koweïtienne comme un exemple clair de l’évolution de la présence de la femme arabe dans les domaines journalistique, littéraire, culturel et professionnel. Elle a évoqué la présence influente acquise par la femme koweïtienne dans la vie publique ainsi que les rôles avancés qu’elle a atteints dans les domaines de la connaissance, des médias, de la culture et de l’action communautaire. Elle a affirmé que l’expérience koweïtienne reflétait un aspect important de la capacité de la femme arabe à développer sa présence et à contribuer à la construction de la société et à la sensibilisation tout en préservant la spécificité de chaque expérience arabe et la diversité de ses conditions et de ses parcours.
De destinataire du discours à actrice de sa création
La présence de la femme arabe dans la scène culturelle et médiatique a connu de profondes transformations au cours des dernières décennies. Elle est progressivement passée du statut de sujet du discours médiatique et littéraire à celui d’actrice essentielle dans la production et la formulation de ce discours. La présence de la journaliste, de l’écrivaine, de la professionnelle des médias, de la chercheuse et de l’intellectuelle arabe est devenue une composante essentielle de la scène générale. La véritable question n’est plus de savoir si la femme peut accéder au domaine médiatique et culturel mais plutôt de mesurer son influence et sa capacité à créer un nouveau discours qui reflète les questions de la société, sa diversité et ses transformations.
La femme n’est donc plus seulement destinataire du contenu médiatique et culturel. Elle est devenue productrice de contenu, actrice de l’opinion publique et participante à la formulation des questions qui préoccupent la société.
Entre les stéréotypes et la réalité
Malgré l’évolution remarquable de la présence de la femme arabe, certains stéréotypes continuent d’influencer la manière dont elle est présentée dans les médias et dans la culture. La femme arabe n’est pas un modèle unique. Elle vit des expériences différentes selon la société, l’environnement, l’éducation, la profession ainsi que les conditions sociales et culturelles. C’est pourquoi les médias culturels doivent présenter une image plus diversifiée et plus réaliste de la femme arabe et offrir un espace à de nouvelles voix qui restent encore éloignées de la lumière.
Il est également important de ne pas réduire la femme à des rôles déterminés ou d’évaluer sa présence uniquement à travers son image. La femme arabe possède des expériences diverses dans les domaines de la connaissance, de la vie professionnelle et de la culture qui méritent de faire partie du discours médiatique arabe.
Les médias numériques : une nouvelle opportunité
Les médias numériques ont ouvert à la femme arabe de vastes espaces d’expression, de publication et d’accès direct au public. La journaliste, l’écrivaine et l’intellectuelle peuvent désormais produire leur propre contenu et construire leur audience sans dépendre entièrement des institutions médiatiques traditionnelles. Cette transformation a donné à la femme une plus grande capacité à choisir les sujets qu’elle souhaite aborder et à construire une présence indépendante dans l’espace médiatique et culturel. Toutefois, ces opportunités se sont accompagnées de nouveaux défis tels que le cyberharcèlement, les discours de haine, le harcèlement numérique, la diffusion d’informations trompeuses et le recul de certains standards de vérification professionnelle.
La responsabilité de la femme dans les médias et la culture est donc devenue plus importante pour préserver la crédibilité, le professionnalisme et la capacité à présenter un contenu influent et responsable.
La question est-elle d’accéder à un poste ou de créer de l’influence ?
Parmi les idées importantes qui ont émergé dans ce contexte figure celle présentée par Mme Nadia Abdallah Al-Othmani concernant la nature de l’influence de la femme dans la société.
Elle a affirmé que la femme n’a pas nécessairement besoin d’accéder à un poste de direction ou à une fonction officielle pour avoir une grande influence. Une femme peut se trouver en dehors des postes de direction officiels tout en possédant la capacité d’influencer la société à travers ses idées, ses écrits, ses initiatives, ses relations professionnelles et culturelles ainsi que sa capacité à atteindre les gens et à contribuer à la sensibilisation.
Cette vision revêt une grande importance car elle redéfinit la notion de réussite. Le poste n’est pas nécessairement le seul critère de réussite ou de présence de la femme. L’influence d’une femme qui n’occupe pas de fonction officielle peut dépasser celle d’une femme qui occupe un poste si elle possède la capacité de produire des idées, de faire évoluer le débat et de provoquer un changement réel et durable. L’influence devient ainsi une notion plus large que le pouvoir officiel. Le livre peut contribuer à construire une conscience collective. L’article peut changer une position. L’initiative culturelle peut ouvrir la voie à de nouvelles générations. Et une parole sincère peut atteindre un public plus large que n’importe quelle fonction officielle.
Ainsi, l’autonomisation de la femme ne devrait pas se limiter à son accès aux postes de direction mais devrait également inclure son accès aux outils de la connaissance, de l’expression, de la création et de la participation à la construction de la conscience collective.
Dans le cadre du séminaire, la parole du Président du Syndicat des journalistes du Koweït a souligné l’importance du rôle joué par la femme dans la scène journalistique et médiatique arabe. Il a indiqué que la femme était devenue une partenaire essentielle dans la production du message médiatique et que les institutions journalistiques et médiatiques étaient appelées à tirer profit des compétences féminines et à fournir un environnement professionnel permettant aux femmes d’exercer pleinement leur rôle.
Dans son intervention sur la capacité de la femme à accéder aux postes d’influence et de prise de décision, il a cité la Première ministre italienne Giorgia Meloni comme modèle international démontrant que la femme est capable d’accéder aux plus hauts niveaux de responsabilité et de participer activement à la prise de décision.
Le modèle de Giorgia Meloni représente un exemple du passage de la femme de la participation à la vie publique à une position directe dans la prise de décision politique et confirme que l’accès de la femme aux postes de responsabilité peut être le résultat naturel de la compétence, de l’expérience, de la capacité de leadership et de la prise de responsabilité. Il a également souligné que la présence des femmes dans les postes de responsabilité ne devait pas être considérée comme une simple représentation des femmes mais comme une véritable valeur ajoutée pour les institutions et les sociétés lorsqu’elle repose sur la compétence, l’expérience et la capacité à assumer des responsabilités.
Dans le même temps, l’accès à un poste ne devrait pas être le seul critère permettant d’évaluer la réussite d’une femme. Le poste peut offrir à son titulaire un large espace d’influence mais l’influence réelle peut également être obtenue par la pensée, la créativité, le travail culturel, médiatique et communautaire. Cette approche souligne l’importance de passer d’une conception de la femme comme simple élément participant à celle d’une véritable partenaire dans la prise de décision médiatique et culturelle.
De la représentation au partenariat
Le docteur Hany Khater, président du Forum international du journalisme et des médias, a affirmé que la prochaine étape devait dépasser le concept de représentation symbolique de la femme et évoluer vers un véritable partenariat. Il a expliqué que la question de l’autonomisation de la femme ne devait pas rester au niveau des slogans ou d’une présence de façade mais devait se transformer en une pratique réelle au sein des institutions médiatiques et culturelles et des sociétés arabes.
Il a indiqué que la femme devait être présente dans les espaces de prise de décision ainsi que dans les institutions médiatiques et culturelles et dans les domaines de la planification, du développement et du leadership et pas seulement dans les espaces où elle présente du contenu. La présence des femmes dans les postes de responsabilité leur donne la capacité de participer réellement à la formulation des politiques, à la prise de décisions et à l’orientation du travail médiatique et culturel.
Khater a expliqué que cette question revêt une importance particulière dans les sociétés arabes où certaines manifestations de la pensée patriarcale restent encore clairement présentes. Ainsi, l’accès de la femme aux postes de direction ne devrait pas être considéré comme un simple avantage professionnel ou une représentation numérique mais comme une étape nécessaire pour briser les barrières traditionnelles qui ont longtemps limité la présence des femmes dans les espaces d’influence.
Il a affirmé que l’accès des femmes aux postes de direction pouvait contribuer à changer l’image stéréotypée de leurs capacités et démontrer concrètement qu’elles sont capables de diriger, de prendre des décisions et d’assumer des responsabilités. Leur présence dans les lieux de pouvoir et d’influence peut également ouvrir la voie à de nouvelles générations de femmes et faire de la participation des femmes au leadership une réalité naturelle et légitime plutôt qu’une exception.
Il a souligné que lutter contre la pensée patriarcale ne signifie pas entrer dans un conflit entre les hommes et les femmes mais construire une société plus juste dans laquelle les possibilités de compétence et de leadership sont égales. L’objectif n’est pas d’exclure les hommes des postes de responsabilité mais de mettre fin à leur monopole sur ces postes en raison du genre et de permettre aux femmes et aux hommes d’y accéder ensemble selon la compétence, l’expérience et la capacité à accomplir les missions.
Il ne s’agit pas d’accorder une opportunité à une femme simplement parce qu’elle est une femme mais d’ouvrir la voie à la compétence, au talent et à la capacité de créer. L’égalité réelle ne signifie pas seulement augmenter le nombre de femmes dans les institutions mais signifie également qu’elles disposent de véritables possibilités d’accéder aux espaces d’influence, de progresser, de participer à la prise de décision et de contribuer à la construction de l’avenir.
Vers des médias arabes plus diversifiés
La force des médias arabes ne se mesure pas seulement au nombre d’institutions ou de plateformes mais à leur capacité à représenter la société dans toute sa diversité. La femme arabe n’est pas simplement une partie du public auquel les médias s’adressent. Elle est également une partenaire dans la production du message médiatique ainsi que dans la création des connaissances et de la culture. C’est pourquoi le renforcement de la présence des femmes dans la presse littéraire et culturelle représente une étape essentielle vers des médias arabes plus diversifiés et plus capables d’exprimer les transformations sociales et intellectuelles que connaît la région.
La responsabilité des institutions médiatiques et culturelles
La responsabilité du développement de la présence des femmes ne peut pas être assumée par les femmes seules. Les institutions médiatiques et culturelles portent une responsabilité essentielle dans la création d’un environnement professionnel équitable permettant aux compétences féminines de progresser et de se développer.
Cette responsabilité comprend la mise en place d’une formation continue, le soutien aux initiatives créatives, l’encouragement des journalistes et des écrivaines à explorer de nouveaux domaines ainsi que l’ouverture de possibilités leur permettant de participer à la prise de décision.
Les institutions sont également appelées à lutter contre toute forme de discrimination, de stéréotype ou d’exclusion susceptible de limiter la capacité des femmes à progresser sur les plans professionnel et culturel.
Le séminaire n’a pas été simplement une discussion sur la présence de la femme arabe dans le journalisme, la littérature et la culture. Il a constitué une tentative de poser une question plus profonde sur la nature de l’influence et sur les espaces à travers lesquels la femme peut contribuer à façonner l’avenir. Les idées et les modèles présentés au cours du séminaire ont confirmé que la femme n’a pas besoin de rivaliser avec l’homme pour prouver sa présence mais qu’elle a besoin d’un espace équitable pour démontrer sa compétence, sa créativité et sa capacité à influencer.
L’expérience de la femme koweïtienne présentée par la docteure Raqia Ibrahim Al-Sheikh a également confirmé que les expériences arabes offrent de multiples modèles dont il est possible de tirer profit. La vision de Mme Nadia Abdallah Al-Othmani a confirmé que l’influence n’est pas nécessairement liée à un poste ou à une fonction officielle. Tandis que l’expérience de la Première ministre italienne Giorgia Meloni a offert un autre modèle de la capacité de la femme à accéder aux plus hauts niveaux de prise de décision.
Ainsi, la question n’est pas simplement de savoir si la femme accède à un poste ou obtient un espace médiatique. Il s’agit plutôt de savoir si elle possède la capacité de créer un impact et si sa présence est réelle, active et durable.
Ensemble vers une présence active de la femme arabe dans le paysage journalistique, littéraire et culturel et vers des médias arabes plus conscients et plus diversifiés.
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