Le président Abdel Fattah Al-Sissi a reçu aujourd’hui, mardi, le président chinois Xi Jinping, qui effectue une visite en Égypte à un moment particulièrement important dans l’histoire des relations entre Le Caire et Pékin, alors que les deux pays célèbrent le soixante-dixième anniversaire de l’établissement de leurs relations diplomatiques. Cette visite ouvre de nouvelles perspectives à un partenariat qui ne se limite plus à la politique et au commerce, mais qui s’étend à l’industrie, à la technologie et à l’intelligence artificielle.
Depuis que l’Égypte a établi des relations diplomatiques avec la République populaire de Chine, le 30 mai 1956, devenant ainsi le premier pays arabe et africain à franchir cette étape, les relations entre les deux pays se sont consolidées au-delà des limites de la diplomatie. La position chinoise favorable à l’Égypte lors de la crise de Suez, la même année, a contribué à instaurer la confiance, permettant par la suite aux relations d’évoluer vers une coopération stratégique et un partenariat stratégique global.
En 2016, la visite de Xi Jinping au Caire a donné un nouvel élan aux relations, parallèlement à l’expansion de l’initiative de la Ceinture et de la Route, faisant entrer le partenariat dans une phase davantage liée à l’investissement, aux infrastructures et à l’industrialisation.
L’importance de l’Égypte pour la Chine réside dans sa position stratégique : elle relie l’Asie, l’Afrique et l’Europe, abrite le canal de Suez et dispose de ports, de zones industrielles et d’un vaste marché. De son côté, la Chine possède une immense base industrielle et technologique à la recherche de marchés et de centres de production.
C’est ainsi que les intérêts se sont rencontrés : la Chine possède la puissance industrielle, et l’Égypte possède la position géographique qui relie les marchés.
Cela s’est traduit par des investissements et des projets chinois en Égypte, notamment dans la zone économique du canal de Suez, ainsi que par des projets dans les infrastructures, les transports, l’énergie, la nouvelle capitale administrative et dans d’autres domaines, faisant progressivement évoluer les relations du commerce vers l’investissement, la production et l’industrialisation.
Les déclarations du président chinois Xi Jinping dans son article publié dans le journal « Al-Ahram » revêtent une importance particulière. Il a décrit l’Égypte comme un partenaire commercial et d’investissement important pour la Chine dans le monde arabe et en Afrique, et a souligné que l’Égypte, compte tenu de son poids arabe et africain, joue un rôle important dans la promotion de la coopération entre la Chine et les pays arabes et africains.
Il a également indiqué que l’Égypte fait partie des premiers pays à participer à la coopération dans le cadre de l’initiative de la Ceinture et de la Route, et a appelé à approfondir la coopération dans les domaines de l’éducation, des sciences, de la technologie et de la santé, tout en réaffirmant le principe du bénéfice mutuel et des gains partagés.
Ces déclarations révèlent que Pékin ne considère pas l’Égypte uniquement comme un marché, mais comme un partenaire central dans le monde arabe et en Afrique, ainsi qu’une base importante pour élargir la coopération économique et technologique.
Le développement le plus marquant de la phase actuelle réside toutefois dans l’entrée de l’intelligence artificielle et des centres de données au cœur du partenariat, avec l’émergence d’une proposition de l’entreprise « Huawei » visant à créer en Égypte des centres de données spécialisés dans l’intelligence artificielle, ce qui reflète une orientation vers la coopération dans l’un des domaines les plus importants de la puissance économique et technologique de l’avenir.
L’importance de cette étape dépasse la simple possession d’équipements avancés ; les données et la capacité à les traiter sont devenues des éléments de puissance. Cette infrastructure peut soutenir la santé, l’agriculture, les transports, l’industrie et les services gouvernementaux, et ouvrir la voie au développement d’applications d’intelligence artificielle répondant aux besoins égyptiens.
Mais la possession de la technologie à elle seule ne crée pas la puissance ; la véritable valeur réside dans la maîtrise du savoir. C’est pourquoi les investissements doivent s’accompagner de la formation des compétences, du développement de la recherche scientifique, du transfert de technologie et de la mise en relation des universités avec l’industrie, afin que les investissements se transforment en capacités nationales durables.
La Chine veut de l’Égypte sa position stratégique et le canal de Suez, une porte d’accès aux marchés arabes, africains et européens, ainsi que des centres de production et d’investissement, tout en renforçant sa présence économique et technologique dans la région.
L’Égypte, quant à elle, a besoin des investissements chinois, de la technologie, du transfert d’expertise et de l’industrialisation, afin de l’aider à construire une base productive capable d’être compétitive.
Il s’agit d’un partenariat fondé sur des intérêts mutuels, mais sa réussite pour l’Égypte dépend de la réalisation d’une véritable valeur ajoutée et du passage de l’importation de la technologie à sa localisation, son développement et sa production.
L’importance de ce partenariat s’accroît dans un contexte de concurrence croissante entre la Chine et les États-Unis dans les domaines de l’économie, de la technologie, de l’intelligence artificielle, des chaînes d’approvisionnement, des voies maritimes et de l’influence internationale. L’Égypte, de par sa position, le canal de Suez et son poids arabe et africain, est désormais présente dans les calculs des grandes puissances.
Mais Le Caire n’est pas appelé à choisir entre la Chine et les États-Unis, mais à choisir l’intérêt égyptien et à diversifier ses partenariats de manière à renforcer l’indépendance de la décision nationale et à permettre à l’Égypte d’en tirer le maximum de bénéfices.
Après soixante-dix ans de relations, l’Égypte et la Chine ne sont plus face à une relation commerciale traditionnelle, mais à un partenariat qui s’étend à l’industrie, à la technologie, à l’intelligence artificielle et à de nouveaux domaines stratégiques.
La Chine ne fera pas de l’Égypte une grande puissance par le simple fait d’investir, et l’Égypte ne deviendra pas une grande puissance par le simple fait d’importer de la technologie. La puissance se construit par la science, l’industrie, l’économie, l’être humain et le savoir.
Et si l’Égypte réussit à transformer les investissements en industrie, la technologie en savoir et les centres de données en capacités nationales, le partenariat chinois pourra devenir l’un des outils importants dans la construction de la puissance économique, technologique et régionale de l’Égypte.
Soixante-dix ans d’amitié ont conduit Le Caire et Pékin vers une nouvelle étape… une étape où la question n’est plus : que veut la Chine de l’Égypte ? Mais plutôt : que peut réaliser l’Égypte grâce à ce partenariat ?
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