L’universitaire et conseillère en psychologie, Dr Rasmia Al-Rababi, a affirmé que les transformations apportées par les médias numériques ont profondément modifié la manière dont l’être humain interagit avec l’information. Elle a souligné que les algorithmes cherchent désormais davantage à susciter l’interaction qu’à rechercher la vérité, ce qui place une grande responsabilité sur le récepteur, appelé à protéger sa conscience contre l’émotion et les réactions impulsives.
Ces propos ont été tenus lors d’un séminaire international organisé par le Forum international du journalisme et des médias, consacré aux défis de la réception de l’information et aux effets de l’environnement numérique sur la formation de l’intelligence collective.
La rencontre a été organisée en collaboration avec l’Union arabe des journalistes, des professionnels des médias et des intellectuels arabes, ainsi qu’avec le Syndicat des journalistes koweïtiens, avec la participation du journaliste saoudien Jamal Bennoun. L’Union internationale de la presse arabe au Canada a également pris part à l’organisation, dans le cadre d’efforts communs visant à renforcer la sensibilisation et à promouvoir les outils de la pensée critique.
Al-Rababi a expliqué que la fonction des médias ne se limite plus à transmettre les événements et à informer le public de ce qui se passe, mais qu’elle s’étend désormais à influencer la manière dont les individus perçoivent ces événements. Elle a précisé que le paysage médiatique actuel est passé de la réflexion à la rapidité, du contexte au titre, de l’argument à l’image et de la compréhension à l’émotion.
Elle a souligné que le récepteur traite souvent les contenus de manière presque automatique : il lit l’information, réagit émotionnellement, puis la partage avant même de prendre le temps de la vérifier. Selon elle, le principal problème de l’environnement informationnel actuel ne réside pas dans un manque d’informations, mais dans l’affaiblissement des défenses cognitives face à leur flux incessant, ainsi que dans la multiplication des voix et le bruit permanent.
Abordant la question de l’intelligence collective, Al-Rababi a refusé de la réduire à une masse uniforme ou à un groupe soumis, estimant qu’elle constitue plutôt un espace commun dans lequel se forment les significations, où interagissent les peurs et les espoirs, et où se construisent les orientations de l’opinion publique, de manière pacifique ou sous l’effet des conflits et des émotions.
Elle a expliqué que, dans le passé, l’intelligence collective se formait plus lentement à travers des institutions et des espaces sociaux tels que la mosquée, le majlis, la presse et la radio. Toutefois, ce rythme a changé avec l’environnement numérique : l’intelligence collective est devenue plus rapide, fragmentée et davantage influencée par l’émotion, tandis que les algorithmes jouent désormais un rôle direct dans l’orientation de ses trajectoires.
Al-Rababi a appelé les professionnels des médias à résister à la tentation de se laisser entraîner par la vitesse des contenus. Elle a également appelé les dirigeants à dépasser la simple transmission des messages et à œuvrer plutôt à donner au public les outils nécessaires à la lecture et à l’analyse critiques, soulignant l’importance de construire une intelligence collective capable de participer plutôt que de simplement suivre, et capable d’être mobilisée plutôt que d’être anesthésiée.
Au cours du séminaire, elle a présenté les principales étapes scientifiques consacrées à l’influence du groupe sur l’individu, depuis l’ouvrage « Psychologie des foules » de Gustave Le Bon, publié en 1895, jusqu’aux expériences du psychologue Solomon Asch en 1951, consacrées à l’influence de la pression du groupe sur les jugements et les décisions de l’individu.
Elle a également abordé les recherches de Sherry Turkle dans les domaines de la psychologie et de la culture numérique, portant notamment sur l’impact de la connexion permanente sur l’attention et l’identité. Elle a expliqué que les circuits neuronaux autrefois influencés par les pressions de l’environnement physique sont aujourd’hui capables de répondre et de s’adapter à l’environnement numérique.
Dans le cadre de la recherche de moyens permettant de préserver l’autonomie individuelle, Al-Rababi a proposé quatre niveaux de manifestation de la présence individuelle. Le premier est celui de « l’interruption préventive », destinée à protéger le centre de décision personnel contre sa dissolution dans l’opinion publique. Le deuxième, « le ralentissement méthodique », consiste à créer une distance temporelle permettant à l’idée de mûrir et de mieux résister à la consommation rapide.
Le troisième niveau, « l’accumulation de l’impact », repose sur l’orientation de l’énergie vers la construction de positions limitées en nombre, mais profondes dans leur influence. Le quatrième, « le positionnement vivant », consiste à préserver son identité véritable et à éviter d’adopter des rôles ou des masques sociaux incompatibles avec la nature de l’individu et son environnement.
Sur le plan philosophique, Al-Rababi a abordé le concept d’« aliénation de l’être » dans l’école existentialiste de Martin Heidegger, mettant en garde contre les dangers d’une identité fragmentée qui éloigne l’être humain de son essence authentique et le pousse à devenir une version répétée et consommée de lui-même.
Elle a cité le défunt Dr Ghazi Al-Qusaibi comme exemple concret du concept de « distance critique », expliquant que son retrait conscient de l’agitation des combats quotidiens lui avait permis de consacrer davantage de temps à sa production intellectuelle et littéraire, contribuant ainsi à laisser une empreinte stratégique durable au-delà de sa disparition.
De son côté, le vice-président du Forum international du journalisme, Dr Zuhair Al-Abbad, a affirmé que le travail journalistique n’est plus limité à la presse écrite, mais constitue désormais un système intégré comprenant la presse numérique, la télévision et la radio.
Al-Abbad a révélé que le Syndicat des journalistes koweïtiens, dont il préside le conseil d’administration, a conclu 20 accords internationaux avec des pays arabes et étrangers. Il a également indiqué que plusieurs formations spécialisées avaient été organisées en collaboration avec des organisations de défense des droits humains et des universités internationales.
La rencontre a été marquée par un large débat et plusieurs interventions des participants. Manea Al-Yami, Mohammed Al-Bahrani et Magdi Al-Sayed ont notamment soulevé plusieurs questions liées au concept de « conviction profondément ancrée », à son rapport avec la stabilité intellectuelle et à la capacité de l’être humain à faire face aux alternatives.
Hossam Salem Al-Khawaldeh a également abordé les différences entre la croyance personnelle et la croyance collective. Le Dr Ramez Darwish a, pour sa part, discuté des moyens de produire un impact sur l’esprit humain, tandis que Hatem Najib s’est interrogé sur la manière de trouver la bonne voie dans un contexte marqué par ce qu’il a décrit comme une forte densité de troubles et de confusions informationnelles.
Discover more from المنتدى الدولى للصحافة والإعلام ( الاخبارى )
Subscribe to get the latest posts sent to your email.




